Chapitre 5

Publié le 29 Novembre 2025

Le pitch : les confessions intimes et tumultueuses d’une escort girl, ELLE, alias Maîtresse G., sous l’emprise d’un homme, LUI, son mentor pervers, amant toxique et proxénète.

 

À la salle

 

Mots-clés utilisés dans la requête proposée pour générer ce chapitre : 

salle de fitness - Looksmaxxing - bench press - cowgirl machine - squirt - Porsche Cayenne - Cendrion cyberpunk - costume Armani - Melody Nelson - baise-moi - vestiaires - pertes menstruelles

Avertissement : Langage cru, contenu à caractère sexuel explicite, scènes violentes

 

 

La salle de sport où je m’entraîne au moins deux fois par semaine – et où j’ai rendez-vous ce matin pour un extra – LUI appartient. Comme le complexe SPA et détente, le chalet BDSM en Suisse, et sans doute d’autres lieux dont j’ignore l’existence – dans les catégories qu’IL affectionne : Love hôtels, clubs libertins, etc. Il faut dire qu’IL est un vrai businessman, parti de rien : un self-made-man.

Quand je l’ai vu pour la première fois, à Cayenne, dans le quartier miteux où j’étais en train de devenir une moins que rien, j’ai tout de suite vu ça en LUI. Et il faut croire qu’IL a aussi tout de suite décelé en moi le potentiel d’une vraie femme d’affaires : une pompe à mecs, et à fric… 

À l’époque, IL tentait sa chance dans le commerce illégal de l’or. Mais le précieux trésor c’est finalement dans les formes pulpeuses de mon gabarit de black beauty – à l’époque plutôt skinny ebony – qu’IL l’a trouvé, et fait fructifier, au point d’avoir aujourd’hui SON empire.

OK, un empire à notre mesure, et dans un domaine bien particulier, peut-être moins gratifiant que les minerais précieux ou la cryptomonnaie, mais un empire de la moula quand même.

Ce concept de salle de fitness pour façonner son corps au service du sexe, en est un exemple parmi d’autres, de SON génie créatif et entrepreneur à la limite du god complex. Au départ, si la salle – baptisée Xclusive, en référence au roman culte American Psycho – attirait principalement les performeurs du sexe et autres influenceurs du hard sévissant dans la capitale mondiale du romantisme coquin et du libertinage, on y trouve aujourd’hui un public parisien et étranger hétéro-vanille plutôt mainstream.

Côté hommes, tout type de mâle à la recherche de son caractère alpha et s’identifiant à la culture bro, voire au masculinisme : métrosexuels, looksmaxxers, cryptobros, sigmas, gomuscus et autres curlbros. Tous ces mecs qui ont un besoin compulsif d’aller à la salle, de manger de la protéine matin, midi et soir, et qui pratiquent, avant et après le boulot, vélo elliptique, rameur, bench press et autres appareillages à tracter de la fonte pour parfaire biceps, pectoraux, abdos, cuisses et fessiers. En bref, tous ces types pour qui une bonne journée est une journée qui les a fait suer !

Côté femmes, plus prosaïquement : toutes celles qui souhaitent attirer ce genre de bros… 

Le principe est élémentaire. Pour être un bon coup au lit et aller plus loin que le simple missionnaire à papa prodigué à mémère tous les premiers samedi du mois, entraîner son corps est une vraie solution. Or, si on peut le faire dans une salle de sport conventionnelle, pourquoi ne pas pousser l’idée un poil plus loin ?

Ici, tous les exercices que vous pratiquerez sont prévus pour vous permettre d’endurer des heures de kamasoutra endiablé ! Au programme, principalement : musculation des fessiers et gainage (chez les hommes pour performer, chez les femmes pour arrondir les formes) ; abdominaux et musculatures du haut du corps pour les hommes (pour les positions portées, mais aussi pour tenir les postures, missionnaire compris…). Côté femmes, beaucoup d’exercices pour muscler son périnée et beaucoup d’étirements pour aller plus loin dans les ouvertures et autres angles de figures sexuelles imposées (en gros : tout ce qui permet de développer sa capacité naturelle à exposer au mieux ses parties intimes, cela afin de faciliter les futures offensives de ses partenaires sexuels masculins alpha ++).

Mais la formule va encore un peu plus loin.

D’une part, comme tous ceux qui se rendent ici savent qu’ils viennent tous pour parfaire leurs capacités dans ce domaine, tout le monde est dans la connivence et l’excitation qui en découle fait l’ingrédient en plus, qui vient pimenter un peu la fadeur de la sauce. Tout le monde se mate et s’exhibe sans tabou ni complexe. Les hommes travaillent leurs déhanchés au sol en mimant sans ambiguïté le va-et-vient sexuel. Les femmes leur font face, jambes écartées en grand écart facial à 180 degrés, poitrine saillante, sous l’entrave de leur machine d’étirement sans possibilité de s’en sortir seule. Pour y arriver, elles doivent demander à l’un de ces bellâtres bodybuildés des reins et fessiers de les aider à les délivrer de leur appareil de torture...

D’autre part, toute séance commence, en plus du passage aux vestiaires, par une étape d’échauffement obligatoire dans des cabines vitrées prévues pour une fonction qu’IL appelle « de préparation tantrique ». Ces cabines individuelles, hommes d'un côté, femmes de l'autre, se font face, séparées les unes des autres par un miroir sans tain qui permet aux hommes de voir dans les cabines des femmes sans être vus.

Côté femmes, dans chaque cabine, est disposé, face au miroir qui les sépare des hommes, l’accessoire des accessoires de mise en bouche, version préliminaires ultra hardcore : les fameuses cowgirl machines.  L’idée est simple. Il s’agit d’un siège en forme de selle sur lequel on s’assied en position de cowgirl, comme pour monter à cheval. Au niveau de l’entrejambe, on dispose une plateforme en silicone qui se positionne juste au niveau de la vulve et du clitoris. En gros, c’est ni plus ni moins qu’un vibromasseur géant qu’on enfourche au lieu de se le fourrer dans le minou.

Et croyez-moi, l’engin est : AMAZING ! Même s’il nécessite une certaine prise en main – la puissance est réglable et il ne faut pas imaginer atteindre le mode maximal avant plusieurs semaines d’entraînement (voire jamais, en réalité). Après, c’est sans doute la chose au monde qui donnera ses plus puissants orgasmes à toute femme normalement constituée, même frigide, même excisée ou abstinente ++. Combien de femmes ont tout simplement découvert leur capacité à jouir et/ou à éjaculer sur ce banc de décollage immédiat vers le 7e ciel !

Une fois le support à usage unique choisi (dans le distributeur automatique prévu à cet effet), plus ou moins pénétrant, plus ou moins adapté au plaisir clitoridien ou à la stimulation du point G, du point H ou de toute autre lettre de l’alphabet de l’intimité féminine, on se désape et on grimpe à califourchon sur la bête, tout simplement.

Un bouton en forme de molette de volume vintage permet de lancer la machine, puis de doser la progression, en commençant soft puis en augmentant la puissance jusqu’à la limite du supportable, et surtout de l’orgasme (c’est le règlement « tantrique » qui veut ça, en tout cas). Mais il est en réalité difficile d’éviter d’en avoir un – voire plusieurs... – tant cette machine procure de sensations de plaisir insondables au niveau des parties intimes féminines : une monture qu’il faut vraiment apprendre à dompter au risque de mourir de plaisir !

Non, je vous jure, sans déconner ! Combien de meufs ont découvert ici qu’elles étaient des femmes fontaines insoupçonnées – perso, je pense qu’en réalité nous en sommes potentiellement toutes, mais que rares sont celles qui se donnent les moyens de le découvrir.

Bref...

Pendant qu’on se chauffe ainsi sur notre machine orgasmique, potentiellement, un type se trouve de l’autre côté du miroir sans tain en train de se tirer la trique – c’est plus classique –, avec toutefois les mêmes objectifs, qu’il atteindra ou non. Ou plutôt retiendra ou non – try not to cum, mon pote, devant une femme qui prend son pied sur une machine bien plus puissante et apte à la faire jouir que ton ironique petit bout de chair humaine qui ne vibre même pas au milieu de tes cuisses !

Résultat, après cette entrée en matière, une fois dans la salle, les hommes présentent tous de sacrées boursoufflures sous leur pantalon de survêt. Ce qui est l'effet recherché. Quant aux femmes, elles sont aussi sensibles qu’après avoir subi une nuit entière de cunnilingus débridés et sont prêtes à jouir au moindre frottement des tissus de leur legging moulant, au moindre mouvement de descente du bassin, d’écartement ou de serrage de cuisses. Ce qui va leur être imposé dans la salle de sport, évidemment…

Tout ce beau monde d’athlètes du troisième type s’exhibe donc et se reluque à la limite de l’orgasme, et parfois même au-delà. Je vous laisse également imaginer l’usage des douches en sortie de séance…

 

Ce matin, je suis là pour un extra. Du moins, c’est ce que je pense, car, comme à l’accoutumée dans ce genre de cas, IL ne m’a pas prévenu clairement de ce qui allait se dérouler. IL s’est contenté d’un : Rendez-vous à la salle, 10h, cabine n° 4. En tenue de ville, avec ta tenue de sport dans un sac.

10h pile.

Je viens d’entrer dans la cabine n° 4, côté femme. Je dépose mon sac de sport et me déshabille. Je suis nue face au miroir sans tain. Celui-ci me renvoie mon image dans une version plutôt avantageuse de moi-même.

SA voix retentit dans l’oreillette.

« Choisis le support n° 12, celui couleur licorne » – couleur licorne d’animés, en fait. C’est un embout plutôt pénétrant, conçu pour stimuler le point G, qui possède une partie permettant de faire vibrer la zone du clitoris, ainsi qu’une autre en forme de corne (de licorne…) spécialement étudié pour atteindre ce point difficilement accessible. 

Je prends ma carte de paiement et sélectionne le produit dans la machine automatique qui me distribue la plaquette de silicone multicolore.

« Installe-toi et lance la machine. »

Je passe un coup de lingettes désinfectantes prévues à cet effet sur la selle de la cowgirl machine, puis m’installe à califourchon sur la corne de licorne. Je me repositionne un peu afin de laisser pénétrer la partie recourbée jusqu’à mon point G. Puis j’actionne la molette de puissance sur le deuxième niveau de l’échelle, qui en compte dix en tout, mais le dixième est presque inatteignable…

Je commence à me détendre, tout en me disant qu’un type est sûrement en face de moi à me reluquer en mode voyeur, peut-être déjà son engin à la main en train de le secouer version guitariste de flamenco ou de le masturber carrément suivant l’état de raideur du truc.

Du coup, je me prends au jeu et y mets un peu du mien, débute une petite mise en scène, et surtout active mon cinéma intérieur, histoire de booster ma libido.

Je repense à cette histoire de squirt. Moi aussi, j’ai découvert ça un jour, grâce à LUI et bien avant d’en faire l’expérience sur l’engin démoniaque qui me vibre entre les jambes et stimule en ce moment même la zone concernée par cette pratique de l’orgasme éjaculatoire des femmes : le point G.

Je convoque les souvenirs et me revient en mémoire notre première rencontre, à Cayenne, il y a maintenant presque une vingtaine d’années de ça. Je faisais le tapin dans la rue, ou croyait faire un truc comme ça, car, à l’époque, j’improvisais vraiment. J’avais aussi la chance de ne pas être encore tombée sous la coupe d’un mac de bas étage – les seuls qu’on trouvait dans les coins mal famés qu’il m’était permis de fréquenter.

Je m’étais cassée de chez moi, de mon trou paumé dans la jungle amazonienne, pour me retrouver à la « capitale » de ce département perdu de la République, et je reproduisais ici ce qui avait marché là-bas, mais à plus grande échelle, en quelque sorte. J’étais passé de la cour d’école à la cour des grands. On ne se contentait plus de me peloter les seins, on me baisait tout bonnement, pour un peu plus d’argent, ou de dope, suivant les clients.

Enfin, pouvait-on parler de clients ? Dans ces quartiers déshérités de Cayenne, les hommes de toutes nationalités abusent des femmes comme ailleurs on les invite à boire un verre. Si vous avez de la chance, on vous donnera un petit pourboire ou un peu de came, sinon juste une baffe ou deux.

J’étais famélique et épuisée quand SA voiture 4x4 s’est arrêtée à mon niveau. Une bien nommée Porche Cayenne. Je ne pensais pas qu’on pouvait donner le nom de cette ville de merde à une bagnole – et pas n’importe quelle bagnole. Je ne pensais pas non plus qu’on pouvait avoir un SUV pour se trimbaler dans cette jungle puante, version urbaine de la vraie jungle qui nous entourait à perte de vue, sur ce territoire de non-droit et de trafics en tout genre. Que foutait une bagnole comme ça ici, qui plus est blanche – IL m’expliquera plus tard, que, de manière assez contre-intuitive, le blanc est la couleur la moins salissante pour une voiture prévue pour se déplacer sur les pistes de latérite.

L’air frais de la clim’ m’a sauté au visage à l’ouverture de la vitre électrique, côté passager. IL était au volant, tel le prince charmant que toute jeune fille attend dans son inconscient nourri par l’héritage du colonialisme, du patriarcat et des civilisations chrétiennes.

Mais en réalité, quel genre de chevalier monté sur son étalon blanc avais-je quant à moi l’espoir de rencontrer, moi qui vivais parmi les noirs, moi qui étais noire moi-même et n’avais jamais vraiment pu m’identifier à la fameuse princesse des contes de fées – une européenne à la peau soyeuse et d’une parfaite blancheur, n’est-ce pas ?

J’ai toujours été un rat de bibliothèque, et si la lecture m’a sauvé – contrairement à l’école que je détestais –, elle m’a aussi forgé un sacré complexe d’infériorité. 

Bien que blanche à l’intérieur, j’étais donc noire de peau. LUI était blanc.

Je faisais vaguement le tapin dans les rues de Cayenne, mon look d’ado cyberpunk détonnant avec l’exotisme décrépi des lieux : piercings aux oreilles, sourcils, joues et seins, un anneau dans le nez, des dreadslogs décorées de perles en acier en mode rasta punk à chien sur la tête, faux ongles, faux cils, et full eyes contouring make-up en mode yeux de bitch ++ noirs, platform-boots à lanières et ceinturons grimpant le long de mes mollets galbés de blackette paumée tag skinny ebony, minijupe moulante en simili cuir taille basse, string taille haute aux cordons visibles au-dessus des os saillants de mes hanches, taille mannequin à la limite de l’anorexie, bustier gothique en résille noire laissant apparaître, à travers les mailles, les barres de mes piercings traversant mes tétons mélaninés ; un accoutrement bien élaboré pour signifier une chose si simple, basique : baise-moi !

LUI, costume beige en lin Armani très chic, conduisant SA Porsche Cayenne, du même nom que la ville qui était en train de m’engloutir dans ses méandres, un nom de bagnole de luxe, pour une promesse d’aventures bien différentes ? Peut-être pas tant que ça…  

IL m’a juste dit : « Qu’est-ce que tu fous là ? », comme l’aurait fait mon père, ou, finalement, tout adulte responsable, qui m’aurait trouvée ici, seize ans à peine, mini-jupe et bustier moulant ma silhouette ethnique de street top-model sexy mais décharnée. Encore que, si j’avais été un garçon, parti à l’aventure pour me faire mon expérience de la vie et en profiter pour me taper le plus de meufs possible, quitte à les soudoyer un peu au passage, aurait-on eu quelque chose à y redire, ou bien m’aurait-on juste tapé sur l’épaule entre mecs tout en me débitant un tout autre sermon, en mode : C’est bien, c’est comme ça que tu deviendras un homme, mon fils !

 Puis IL a continué – comme aurait pu le faire mon père qui serait venu me chercher pour me sortir de là – « Monte, je t’emmène. »

IL ne m’avait pas renversée sur mon vélo et la musique de Melody Nelson ne s’est pas mise à sortir des enceintes de l’autoradio – t’as la réf, boomer, toi qu’es fans des 70’s –, mais IL m’a ramenée dans SA chambre d’hôtel, un truc plutôt haut de gamme, dont j’ignorais jusqu’à l’existence.

IL ne m’a pas touchée. IL s’est occupé de moi pendant plusieurs jours, plusieurs semaines.

Il fallait que je décroche du crack, et ça a été difficile, mais au moins j’étais à l’isolement dans une prison dorée. Nous parlions beaucoup. IL m’expliquait que j’allais me gâcher dans un tel univers. Qu’on était au 21e siècle, et qu’il y avait d’autres manières de gagner sa vie avec son corps, ces atouts féminins, que je possédais bien, selon LUI.

« Quand on a que ça, faut bien s’en servir. Mais y’a moyen de faire mieux. Tout le monde désire faire fructifier son capital, y’a pas de mal à ça ». C’était un bon départ en formation marketing. Au moins, LUI me reconnaissait des qualités humaines et esthétiques.

« Toutes les fées ne peuvent pas se pencher sur le même berceau. Toi, tu es belle et sexy, qu’est-ce qu’il y a de mal à monnayer tes atouts naturels pour prendre ta revanche sur la vie. Si tu n’as rien d’autre que ton corps et ta beauté pour t’en sortir, rien ne t’empêche d’en faire ton outil de travail et ta fierté ? »

IL devait repartir pour Paris et m’a expliqué qu’on pouvait gagner beaucoup d’argent avec Internet. Qu’IL était en train de se reconvertir. Que l’Eldorado guyanais ne valait plus le coup, et qu’on pouvait faire plein de choses dans l’immatériel.

Avant de rentrer en métropole, IL m’a loué une chambre climatisée très propre, toute carrelée façon marbre, vraiment clean par rapport à tout ce que je connaissais, de la terre battu de la brousse aux chambres minables des faubourgs de Cayenne. IL m’a promis qu’ IL m’initierait, qu’IL me guiderait depuis Paname.

Et c’est comme ça que tout a commencé. IL m’a inscrite sur une plateforme de sex-cams en ligne, un truc tout nouveau à l’époque du développement du porno web 2.0 avec la possibilité de faire des live avec abonnements et pourboires. LUI gérait la thune et m’envoyait de quoi vivre – je n’avais jamais eu autant d’argent que ça, mon propre argent !

À distance, IL m’a appris à me masturber, à utiliser tout type de toys, à me mettre en scène et à jouer comme une actrice. J’ai découvert mon corps, mes talents, mes désirs, mes pulsions, mes zones érogènes et finalement mes orgasmes.

Par tél, IL me guidait du son de SA voix. Et si je trouvais ça divertissant, de jouer avec certains toys, de me masturber et même de m’initier à la pénétration avec des sexes artificiels, plus rassurants et ludiques pour moi que les vrais qui m’avaient jusqu’à présent surtout contrainte, c’est le son de SA voix, le jeu qui se jouait entre nous sans qu’IL ait besoin d’être là, de me toucher ou de me pénétrer réellement, qui m’a vraiment fait découvrir le fantasme et le plaisir sexuel. 

L’osmose qui se dégageait de ce jeu de soumission devait se ressentir dans nos vidéos et dans nos live, car j’ai très vite été suivie par des fans du monde entier qui payaient les abonnements pour accéder à mon profil et donc à toutes mes productions.

Très rapidement aussi, IL a surfé sur les tendances, et plus particulièrement sur celle des femmes fontaines. Et je m’y suis mise avec enthousiasme. De voir ces femmes gicler – souvent artificiellement, mais peu importe – dans les vidéos pornos qu’IL m’a montrées d’abord, m’a tout de suite énormément enthousiasmée.

Cette pratique dégageait une force, une virilité enfin cent pour cent féminine. Je ne me lassais pas de me masturber le soir devant ses performeuses lâchant de surpuissantes giclées, encore plus abondantes que celles des plus prodigues stars masculines du cumshot. J’étais prête à ça ! J’étais prête à prendre ma revanche et à gagner ma vie avec ça, gagner mon indépendance comme certains de mes ancêtres avaient gagné leur liberté, à l’époque de l’esclavage.

J’en ai fait ma spécialité et suis devenue, en un temps record, la meilleure squirteuse sur les réseaux mondiaux. Toujours au son de SA voix, des godemichets de grande taille ventousés au carrelage luisant de ma « chambre de bonne » à Cayenne – mais j’étais identifié comme étant la petite frenchie caraïbéenne (vive la mondialisation virtuelle…) –, je balançais mon boule bombé de french ebony en gros plan, à quatre pattes sur le sol, caméra GoPro filmant en rase-motte entre mes genoux rentrés, les orteils recroquevillés de plaisir. Et je déversais des rafales de jus sous pression, les jambes tremblantes, les pieds glissant dans mon propre nectar, le tout ajoutant une dimension bestiale et virile au spectacle. Je me donnais à fond, m’éclatais le vagin à n’en plus finir, me vautrant et pataugeant dans la flaque qui inondait le sol... Tout ça pendant que mes voisins de palier vaquaient à leurs occupations sans se douter qu’ils avaient comme voisine une star mondiale du Web !

Je mettais aussi en pratique ce qu’il m’avait appris, comme le fait de me libérer du gode au bon moment pour pouvoir pousser et éjaculer les giclées de mon jus sacré ; et puis le truc consistant à tricher un peu, en buvant beaucoup d’eau avant une session, pour saturer sa vessie et joindre l’utile à l’agréable en lâchant, en plus de squirter, des rafales de jets d’urine encore plus puissantes, et de manière ininterrompue, comme une fontaine quasi intarissable ; tout ça dans le but de rendre mes explosions joyeuses et orgasmiques encore plus photogéniques, phénoménales, fascinantes et irrésistibles à l’image.

Et puis, le jour de mes 18 ans, j’ai reçu mon billet d’avion pour Paname ! Mon plus beau cadeau d’anniversaire, jusque-là. Pendant presque deux ans, IL m’avait élevée à distance, dans ma cage dorée… J’avais atteint et même dépassé mon mètre soixante-dix, pris encore des formes là où il faut, comme s’IL avait pris soin de moi à cet effet. J’étais une poulette bien nourrie physiquement, mais aussi nourrie de fantasmes et d’espoir.

D’amour, en réalité.

Tout ça à cause d’une aventure virtuelle qui m’avait rendue complètement accro. J’étais passé d’une addiction à une autre, dans laquelle se mêlaient sexe et soumission à mon mentor…

 

Retour à la case Paname. Dans la cabine n°4 des vestiaires de la salle de sport la plus sexy de la Capitale.

C’est à cet épisode de mon passé que je pense – moi giclant et pataugeant dans mon jus pendant qu’IL me dicte ce que je dois faire, comment bouger mon cul, comment aller et venir, comment m’enfoncer ce gode XXL bien profond avant de le sortir d’un coup pour laisser les giclés exploser sur le faux marbre en salves saccadées –,  alors que le bouton de volume de la machine qui vrombit entre mes cuisses ici et maintenant en est au niveau 5 de son level.

Je pense à ça et commence à me dire que ça va finir par être difficile de ne pas perler un peu si je continue à fantasmer mon passé comme ça et si je ne zappe pas sur une autre chaîne, quand j’entends tout à coup SA voix, en direct dans l’oreillette, SA voix hic et nunc  qui prend le relai et me dicte de nouveau mes faits et gestes.

« Vas-y doucement, faut pas lâcher maintenant, bouge doucement ton bassin et mets tes mains sur tes seins. Voilà, en rythme, pelote-toi les seins, tourne tes hanches, fais des cercles bien amples, c’est ça. Pense à celui qui est en face de toi derrière le miroir, pense à lui, qui te regarde, qui te désire sans pouvoir te prendre. Pense à sa main sur son sexe. Son sexe en érection qui bande pour toi, ma chérie. » 

Ouais, je sais qu’y a un type derrière cette vitre en train de s’astiquer la trique, et, comme toujours, c’est à LUI que je pense.

C’est LUI que j’imagine en train de se masturber à l’autre bout du monde, devant son écran, à me regarder exaucer SES désirs, obéir à SES injonctions. Je pense aussi à ces milliers de types en direct aux quatre coins du globe en train de se branler sur moi, et je pense à cette puissance que cela me procure de savoir que l’éjaculation de ces types dépend de moi, de moi et de moi seule !

Et je sais qu’ils me voient, qu’ils m’ont vu ou qu’ils me verront un jour, ici ou sur une autre plateforme de cul. Tous les hommes se branlent sur terre, et un jour, ils seront là, face à moi, ou face à mon double virtuel, en tout cas. Mon père, bourré, n’en croyant pas ses yeux et jurant et me traitant de pute comme ma mère. Mon oncle et son salopard de fils qui se branlent en me traitant de salope et en se félicitant de m’avoir violée, pour le coup, vu que je le mérite bien – la preuve – mais en regrettant de pas pouvoir profiter de moi à présent, beaucoup plus consentante et active – et cochonne, avec ça... Et puis « tonton chéri », qui doit regretter lui aussi et pleurer en même temps qu’il se remémore cette pipe magistrale – à peine obtenue par contrainte, si on y réfléchit bien... Et tous ces nègres de la banlieue de Cayenne, qui m’ont baisée comme des brutes sans déceler en moi mon vrai potentiel, et qui s’en mordent les doigts, maintenant, à voir défiler les pourboires du monde entier m’enjoignant d’y aller plus fort avec mon gode et de lâcher mes eaux –, leurs doigts boudinés agrippés à leur bite à la recherche d’une extase au rabais, toujours moins chère payée que leur gramme de crack !

Et je pense à LUI – LUI dédie ce moment –, LUI qui a cru en moi, qui m’a fait devenir ce que je suis et qui est revenu me chercher pour m’emmener loin, au volant de SA belle Porsche Cayenne blanche, pour m’offrir « la belle vie », la life que je mérite – la vie d’une pute, en réalité, mais d’une pute assumée et rémunérée à la hauteur de sa valeur marchande et de sa célébrité ! N’est-ce pas ?

 

Retour en direct ou échos du passé ? J’entends SA voix me dicter ces mots : « Retiens-toi, ne viens pas. Moi aussi, je suis là et je te vois. Retiens-toi ou tu vas le regretter. Retiens-toi ou je vais devoir faire quelque chose pour que tu regrettes ça. Tu me connais, tu sais de quoi je suis capable, si tu ne m’écoutes pas. Tu peux tout perdre à ce jeu-là. Alors, écoute-moi bien. Monte le level de la machine, mais ne craque pas. Sinon, je devrai prendre des mesures contre toi. »

À l’intonation de SA voix, je sais que c’est bien LUI qui est en face de moi derrière le miroir. Je me vois dans le reflet, mais c’est LUI qui est là, et je dois LUI obéir au doigt et à l’œil, comme à l’époque de mon initiation, comme SON objet que j’étais, la prolongation de LUI-MÊME, SA chose.

Alors je tourne la molette de la machine qui se met à vrombir comme un moteur d’avion en plein décollage. Je ne l’ai jamais entendue faire un bruit pareil, et je me dis que je ne l’ai jamais non plus poussée jusqu’à ce niveau-là : ten level. Et je me dis aussi que je ne tiendrai pas, mais je veux LUI résister, ou LUI obéir, je ne sais plus, c’est un peu la même chose dans nos jeux érotiques, une question de tension entre les deux, jusqu’à la limite de la faute, de l’erreur et du risque de punition qui s’en suit. Au fond, c’est le goût du risque qui nous anime, tous, n’est-ce pas ? Nous pousse à la faute et nous fait atteindre l’extase. 

« Retiens-toi ! Retiens-toi ! »,  j’entends SA voix, mais ne peux mécaniquement résister aux vibrations de la machine – et aux images-souvenirs de cette première vidéo de squirt qui m’a propulsée au firmament du porno en ligne. Alors je sens tout s’enfuir, tout s’échapper, tout sortir de mon corps !

Quelques secondes s’échappent hors de l’espace et du temps, et je réalise que je me suis redressée de la machine. Je prends conscience que je viens de me vider comme une folle – merde !

Je suis debout au-dessus de ma monture, les jambes tremblantes. Merde ! Je n’ai pas pu me retenir. Je me vois dans le reflet du miroir. Et je me revois à dix-sept ans, mon regard effarouché sur cette vidéo devenue virale et qu’on peut encore trouver dans les méandres insondables du cloud.

Le silence dans l’oreillette m’effraie. Je sais qu’IL n’apprécie pas lorsque je me rate. Je sais qu’IL va me punir pour ça, me punir vraiment, dans ce jeu de rôle pervers devenu pour nous depuis longtemps notre réalité.

Je me lève et viens me coller à la vitre, les jambes toujours chancelantes, prêtes à lâcher sous le poids de mon corps qui vibre tout entier de la résonance du supplice que cette machine vient de m’infliger. Et je me laisse glisser jusqu’au sol, les jambes serrées pour contenir mes tremblements.

Pardon, mon amour, j’ai échoué. S’il te plaît, ne sois pas trop sévère envers moi. Je sais que j’ai commis une faute.

 

Je me rhabille en tenue de sport et prends un peu de temps pour revenir à moi. Je suis déboussolée et inquiète. Ce silence dans l’oreillette… Je ne sais plus quoi faire. Il faut que j’en aie le cœur net. Il faut que j’aille voir de mes propres yeux.

Je sors de ma cabine et passe de l’autre côté, côté homme. Je m’approche du vestiaire n°4. Un type baraqué sort de la cabine 5 et me dévisage vite fait. Ce n’est pas dans le protocole habituel, mais ici tout le monde est de mèche et le non-dit règne. Et puis, le fait que je jette un œil complice à son entrejambe affichant une trique bien gonflée et apparente à travers son survêt, semble le satisfaire et le rassurer.

Le type parti, je pénètre dans la cabine 4. Personne. De l’autre côté de la vitre sans tain, j’observe la place où j’étais. Je me refais le film, le confonds avec ma vidéo de jeunesse. Les deux moments se superposent. Je m’agenouille devant la vitre, les yeux en larme. Je distingue au sol des giclées de sperme. J’ai l’œil pour ça, croyez-moi ! Un œil tellement aiguisé que je peux affirmer que ces giclées-là sont les SIENNES.

J’entends SA voix. « Nettoie ça ! ». Dans l’oreillette ou dans ma tête, j’entends SA voix : « Nettoie ça, salope ! ».

Et, sans hésiter, je me mets à quatre pattes et aspire goulûment les restes.

 

Je ne sais pas, Monsieur le Juge, Mesdames et Messieurs les Jurés, si c’est SA voix ou la mienne que j’entends dans ma tête. Je ne sais pas si c’est SON sperme ou celui d’un autre, qui était répandu sur le sol devant moi ce jour-là.

Mais, ce dont je suis certaine, Monsieur le Juge, Mesdames et Messieurs les Jurés, c’est que ce sperme était encore tiède quand je l’ai aspiré et avalé pour laver ma faute !

 

 

Après une séance intensive à me faire vibrer les muscles fessiers sur un Power Plate – mon accessoire de muscle-cul favori (on a beau avoir comme moi un arrière-train de renoie, si on ne veut pas que le mythe s’effondre, mieux vaut veiller à l’entretenir comme il se doit) –, je me suis installée sur une machine à étirements que j’ai poussée au maximum de ses possibilités et sur laquelle je suis en train de m’écarteler littéralement l’entrejambe.

La fibre du tissu synthétique hypermoulant du legging skinny que j’ai enfilé pour l’occasion – imprimé python, teinte gris argent, effet métallique garanti –, me caresse le clitoris boursouflé et rendu ultrasensible par ma séance de cowgirl-machine, à laquelle la session suivante de martèlements de fessiers sur plateforme vibrante pour modelage de cul en béton n’a rien arrangé. Du coup, je mouille et transpire de tous les pores de ma peau. C’est clairement visible au niveau de mon entrejambe, qui présente une tache explicite largement exposée aux regards des autres membres du club en présence, et tout particulièrement de celui qui m’a pris pour cible depuis mon arrivée dans la salle, tout à l’heure.

À sa séance de matage intensif, qui a duré toute ma session sur le Power Plate – lui s’entraînant au va-et-vient coïtal de manière tout autant suggestive, tantôt au sol façon missionnaire avec pompes et gainages, tantôt debout se maintenant à deux barres de muscu verticales pour effectuer en toute sécurité ses bascules du bassin rythmiques –, succède maintenant la phase post eye contact : il s’est approché et se tient positionné debout devant moi, écartelée au sol sans possibilité de fuite. Tout en s’assouplissant nonchalamment le bassin à hauteur de pipe, il me sert le baratin habituel, insipide et lourdingue du dragueur old scoolOK pépé est la seule réplique que je pourrais lui faire s’il avait l’intention de me laisser en placer une, mais cela ne fait de toute façon pas partie de son logiciel de drague de quinqua ++, de laisser les femmes en placer une… 

Et puis, je ne suis vraiment pas d’humeur !

Petit un : je ne sais pas ce qu’il en est de mon soi-disant « extra du jour à la salle de sport ». Comme IL m’a laissée en plan après le passage au vestiaire, je ne sais plus où j’en suis. Je suis déboussolée et en viens à me demander si je ne perds pas les pédales et si ce n’est pas tout simplement ce type la target, et non pas moi sa cible, comme il est en train d’en donner l’impression. Mais ça, c’est un grand classique chez les hommes, de tirer la couverture à soi en se donnant le beau-rôle : faire comme si l’initiative venait toujours d’eux et non le contraire – pourtant, leur prise d’initiative ne découle-t-elle pas de tout le travail d’aguichage que nous réalisons au préalable et qui les attire comme des essaims d’abeilles sur un pot de miel ?...

Bref...

Si c’est bien ça, cela veut dire que, sans connaître ce type ni d’Adam ni d’Eve, je me suis enfilé son sperme tiède tout à l’heure, gratos ! Sans qu’on me le demande ! À quatre pattes sur le sol, en mode limace spécialisée dans le polissage de parquet !

Ma pauvre ! quand je te dis que tu commences à dérailler !

Petit deux : comme toutes les fins de chaque mois (façon de parler), je commence à me sentir irritable, sur les nerfs, prête à assassiner le premier qui viendra me faire chier, par exemple avec ses histoires à la con de maison de campagne à une heure de Paname, de garçonnière dans le 16e ou de cabanon sur la Côte d’Azur…

J’en ai rien à foutre, bolos ! de ton patrimoine cul-turel ! Si tu veux mon cul, suffit de payer le tarif ! C’est pas compliqué ! Alors, économise ta salive, mes honoraires sont affichés sur mon profil Insta !

Et puis merde, en plus, je suis pas sûr d’avoir pris des tampons avec moi dans mon sac de sport. En même temps, si une bonne tache de sang pouvait se mettre à maculer mon entrejambe, que cet abruti reluque avec ostentation depuis son promontoire naturel, ça m’arrangerait bien et règlerait tous mes problèmes en même temps !

Mais rien, de ce côté-là, d’autre que de la mouille, toujours de la mouille et encore de la mouille, qui suinte maintenant à travers le legging tellement j’en ai à revendre. Mais c’est pas pour toi que je mouille, tête de con, et j’en ai rien à foutre de ta santé de fer à ton âge – « un esprit sain dans un corps sain, c’est ça le secret » : en plus, il me la joue spirituel !

Et là, subitement, comme une vision émergeant de mon inconscient et alors que ce bâtard continue son speach pseudocultivé tout en zieutant profondément dans le sillon séparant mes deux nibards, IL apparaît dans mon champ de vision.

Mon intuition féminine, exacerbée par l’arrivée imminente de mes règles, ne m’a pas trompée. IL est là, IL est bien là, mais IL n’est pas seul. Et IL est même plutôt bien accompagné…

Et quand je vous dis que les hommes sont tous les mêmes. LE voilà, LUI aussi, qui endosse le beau rôle, celui du patron de la salle de sport, le Big Boss des Big Bros, à faire la visite à cette pouffe !

Apparemment, IL lui fait faire le tour du propriétaire. Je ne savais pas que c’était dans SES prérogatives. Le patron, d’accord, mais le coach, en plus : mégalomane !

Ce qui m’interroge, c’est de savoir si elle a eu droit, elle aussi, et comme il se doit, aux préliminaires que LUI-MÊME a édictés pour pouvoir accéder à la salle de sport. Un coup d’œil à son entrejambe me dit que c’est bien possible : quoi d’autre aurait pu la faire transpirer comme ça de la chatte ? À part une cavalcade à cheval (mais je connais bien le cheval…).

Je suis tellement prise par l’émotion que j’ai des difficultés à me faire une idée de cette meuf : elle est brune, oui ; plutôt mince et bien roulée, oui ; assez  jeune, OK ; bien plus jeune que lui, mais ça, c’est le ratio habituel, ici, dans cette salle de sport spéciale performer sexe training, comme dans les clubs de libertins parisiens plus tradi, où les quinquas réacs sortent à la recherche de nouvelles expériences sexuelles – consistant principalement, sous prétexte d’échangisme, à livrer Madame en pâture, et/ou à se taper de nouveaux culs plus jeunes, sans mettre en danger leur mariage (et risquer de tout perdre au passage, et surtout : bobonne…).

A par ça, quoi d’autre ?

C’est LUI qui attire toute mon attention. SES manières, SON jeu d’acteur, SA façon de communiquer avec elle, avec insistance, en émettant à son attention des signaux érotiques gros comme une maison, dignes d’une parade nuptiale façon grillons, cigales ou lucioles !

Hey ! on n’est pas des insectes ! Bordel !

Et puis, tout ça en faisant mine de ne pas m’avoir vu, en me ghostant littéralement ! Merde ! Alors que je sais très bien qu’IL sait que je suis là puisque c’est LUI qui m’a fait venir et qu’IL était encore « dans mon oreille » y’a moins d’une demi-heure, merde !

Du coup, la situation m’irrite, m’exaspère. Je me trémousse comme je peux dans ma posture plus qu’entravée pour les voir se déplacer d’un atelier à l’autre, derrière les jambes de mon prétendant lourdingue et maniéré, lui aussi, de plus en plus casse-couilles et relou, le con ! à se foutre devant moi et à me cacher la vue juste pour bien que je comprenne qu’il est là, que c’est lui qui fait le premier pas, qu’il en a vu d’autres, des femmes, qu’il en a vues et séduites un paquet dans sa vie : gros mytho !

Et les deux autres qui continuent leur ballet : elle, en grand écart sur une machine semblable à la mienne ; LUI, face à elle, en train de s’échauffer les lombaires.

Leur manège dure un bon moment et je ne sais pas quoi faire !

Un scandale ? Qu’est-ce qu’il me prend !

Mine de rien ? Mais ça, c’est déjà raté…

Le rendre jaloux à mon tour ? 

C’est peut-être ça, « l’extra du jour » ? Mais je ne saisis pas où IL veut en venir ? Le scénario m’échappe.

Et puis je vois bien que les choses se précipitent de leurs côtés. Elle est transpirante à souhait, bien étirée et élargie de la vulve. C’est le moment de passer à la douche. Je lis entre les lignes. Décrypte leurs faits et gestes, leurs intentions.

« C’est bon, tu m’as conquise, BG », je finis par lâcher à mon beau vieux (plutôt que BG, en fait...), histoire de mettre un terme à son dating à l’ancienne.

« Et si c’était le moment d’en apprendre un peu plus l’un sur l’autre… Et quoi de mieux qu’une douche partagée pour faire plus ample connaissance… »

L’idée a l’air de le séduire ++, au point où il en oublierait que je suis immobilisée à ses pieds, dans la bonne position, certes, mais dans l’impossibilité de me libérer toute seule de ma machine de torture.

« Si vous pouviez juste m’aider à sortir mon outil de travail de cette machine qui m’étire la chatte ». Il en est au point où ce langage subitement cru de ma part ne l’interpelle même plus. D’ailleurs, mon silence jusqu’à présent n’a pas semblé non plus le gêner plus que ça. Qu’on moufte pas ou qu’on se mette à débiter des salades à n’en plus finir, du moment qu’ils savent ce qu’ils vont obtenir de nous, les hommes n’en ont finalement rien à secouer, de notre mutisme comme de nos excès de papotages féminins. Les écoutent-ils seulement ?

« Merci gentleman. Si vous voulez bien vous donner la peine de me suivre… ». Je sens bien que ça ne lui déplaît pas, la galanterie post MeToo, surtout s’il s’agit d’en profiter pour mater mon gros butin, le seul truc qui l’intéresse dans ma personne, à mon humble avis, et même qui le fascine, comme tous les autres mâles blancs dans son style, qu’on jamais disposé dans leur vie d’un cul à ce point bombé qu’on peut s’installer pour y boire l’apéro dessus.

Arrivés en duo dans les douches du club, mixtes et spécialement conçues pour toutes les réjouissances hétéros qu’on peut imaginer réaliser à deux dans ce lieu, je sais qu’ils sont déjà là quelque part et qu’ils nous devancent de peu. Je guide mon bolosse par la main en mode follow me to tendance X, jusque dans une cabine de douche que je choisie soigneusement  : la seule à côté de laquelle une porte est fermée ; de toute évidence, la leur…

Nous entrons et ne perdons pas de temps à nous effeuiller. Je dois rattraper notre retard, car on entend déjà que les hostilités ont débuté à côté, pas encore le moment du pilonnage, mais on l’entend déjà, elle, émettre des gémissements caractéristiques de préliminaires bien réalisés et miauler comme une chatte en chaleur.

De mon côté, je donne à mon partenaire masculin ce qu’il cherche direct : soit, mon bon angle de prise en main, celui qui permet de poser les verres de l’apéro. Du coup, même pas le temps de trinquer. Il se met à me besogner sans plus attendre et on les rattrape assez vite, et même, les dépasse, si on peut dire, d’un point de vue sonore, en tout cas – ça, je sais faire, ma cochonne, tu n’as rien à m’apprendre dans ce domaine…

Ici, ça n’a toutefois rien d’exceptionnel : la concurrence des gémissements et des chocs dans les contreplaqués séparant les douches mixtes...

Après le passage aux machines, et avant les vestiaires, c’est l’autre sport de prédilection des membres de la salle de gym Xclusive : le claquement des hanches des membres masculins du club qui heurtent les reins des membres de l’autre sexe… C’est le grand concert, la grande sarabande. La compète dans la compète, en quelque sorte…   

Et on se prend vite au jeu. Les prouesses techniques des épreuves en duos se succèdent les unes aux autres comme dans un ballet : d’un côté, puis de l’autre ; par-derrière, puis par-devant ; en levrette, puis à califourchon porté…

C’est amazing ! On croirait un vrai film porno à l’ancienne, dans lequel les figures imposées du genre se succèdent sans autres formes d’efforts scénaristiques, ni sentimentalité superflue, ni fioritures. Juste un défilé de postures, en mode série de selfies.

Les deux cabines se répondent presque, comme un champ-contrechamp cinématographique : les « ram-ram » des mecs ; les « oui-oui » des meufs ; les « boum-boum » des portes ; les « splash-splash » de l’eau dans les douches ; les « flocs-flocs » des queues dans les vagins… C’est à qui sera le plus expressif dans la mise en scène sonore.

Et puis, à un moment, vient comme toujours la fin du spectacle – du côté des hommes, ça va de soi. Son affaire faite, le mien s’accorde une longue pause avant de se retirer – l’âge, peut-être. Et lorsqu’il s’aperçoit de ce qui lui a maculé sa verge flasque qu’il pensait récupérer aussi nickel qu’il l’avait introduite, il pousse un feulement de dégoût digne d’une femmelette effrayée par la vue d’une toile d’araignée.

Je sentais que ça allait pas tarder à arriver. Je n’étais vraiment pas d’humeur. Mais là, pour le coup, je ne suis pas mécontente de ce qui lui est arrivé, à ce gros lourdingue.

À voir la grimace qu’il fait et la tronche qu’il tire, je ne peux pas m’empêcher d’enfoncer le clou (c’est à mon tour de parler, vu qu’enfin, il la boucle...) : « Hey, bolosse, avec toutes les femmes que tu t’es tapées, ma parole, t’en as jamais vu une saigner ! ».

Il n’a rien à répondre à ça, et encore sous le choc du dégoût que lui a provoqué la vision de mon sang menstruel sur sa bite et ses bijoux de famille, il sort de la douche la queue entre les jambes, sans demander son reste.    

Après ça, et sans éprouver aucun remords pour mon partenaire à usage unique, j’en profite pour prendre une vraie douche et laisser le temps à tout ce beau monde de quitter les lieux avant moi.

Je passe un bon moment à me relaxer sous l’eau chaude, fascinée par le tourbillon hypnotique que dessinent mes pertes menstruelles dégoulinant entre mes pieds, volutes d’un rouge profond aspirées par la bonde d’évacuation des eaux usées.

Critique du chapitre

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Publié dans #Chapitre 5

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