Chapitre 2

Publié le 24 Octobre 2025

 

 

Appelez-moi Maîtresse,
Maîtresse Gazelle
 
 

Mots-clés du chapitre :

escorting 2.0, courants féministes, controverses militantes, macarons, parfum, fleurs, femme fatale, OnlyFans, doggy style, jus des tropiques, canne anglaise, love doll, GFE, love-room, Bad Dragon, papi69

Avertissement :

Langage cru, contenu à caractère sexuel explicite

 

 

 

 

Extrait :

Tout ce job de gestion de la relation client, c’est LUI qui s’en charge : analyser les profils, blacklister les douteux, trier les messages, faire les plannings des rendez-vous quotidiens, organiser les visites dans mes différents points de chute en France (Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux) et parfois même en terre helvète…

C’est LUI également qui coache mon entretien physique et mes séances d’entraînement à la salle. Et mon régime alimentaire, digne d’une compétitrice ! Élaboré à base de proportions très calculées entre protéines et lipides. Très peu de glucides. Et tout à base végétale – je suis vegan ; mais ça c’est juste mon choix personnel : pas question de torturer les animaux pour alimenter mon potentiel de sex-appeal ; je préfère souffrir pour eux, puisque tel est mon karma sur cette terre. 

Après, même s’IL me mache une bonne partie du travail, je dois suivre pas mal de choses quand même. Notamment les avis et commentaires de mes clients sur mes prestations.

Même si beaucoup des hommes que je rencontre sont des coups d’un soir – en fait le plus souvent du matin ou de l’après-midi –, le but est de fidéliser au maximum la clientèle honnête et solvable. Il faut donc répondre à leurs messages privés. Ça, c’est plutôt LUI qui s’en charge, car IL est bien meilleur que moi pour ça, et je me contente de voir les résumés en temps utile.

Mais pour ce qui est de suivre les appréciations sur ma page d’accueil d’escorting, je suis obligée de m’y coller. D’un rencart à l’autre, je m’efforce de retenir l’essentiel de l’état d’esprit de mes partenaires. Les faits réels – c’est-à-dire au vu de leur prestation en présentiel – et leur interprétation fantasmée : en gros, ce qu’il en ressort, d’après eux, dans les commentaires qu’ils postent sur le Net après les rendez-vous. Et la plupart du temps, les deux versions diffèrent du tout au tout…

Mais cela me permet d’échafauder des scénarios pour donner le sentiment qu’au fur et à mesure de nos rencontres quelque chose se construit entre nous. En résumé, je dois leur faire sentir qu’ils deviennent de vrais amants, qu’ils sont la crème de la crème que je sélectionne parmi eux, soit pour leur personnalité – certains viennent pour ça, surtout ceux qui ont du mal à suivre niveau performances sexuelles –, soit pour leurs exploits au lit, bien évidemment – la grande majorité venant pour ça, et surtout pour se voir rassurer dans ce domaine (quitte à se faire de grosses illusions…).

Bon... après, je ne veux pas dire pour autant qu’il n’existe pas des filles indépendantes, qui se sont mises à faire ça un temps par hasard, par opportunité, par curiosité, même, ou pour payer leurs études, ou parce qu’elles se retrouvent subitement mères célibataires. Et qui s’en sortent pour faire du tapin bas de gamme sans agent ni proxénète. C’est vrai, les temps ont changé : finis les macs à l’ancienne – sauf pour les filles de la rue, les Chinoises et les Vénézuéliennes. Mais comment se passer d’un bon agent qui booste votre popularité – et par la même occasion votre baisabilité – et donc la rentabilité de votre commerce via un bon plan de com dopant votre visibilité sur les réseaux et les plateformes – en se prenant une bonne commission au passage, bien sûr...

Mais après tout, me direz-vous, pas plus ni moins que pour une star du showbiz ou du ballon rond. Et qui crache sur les footballeurs en leur reprochant d’avoir des proxénètes à leur service ?...

Mais tout le monde n’a pas la même histoire. Et moi, je crois que je n’aurais jamais réussi à m’organiser toute seule pour faire ce business ; au niveau de standing auquel je le pratique, en tout cas.

Bien sûr, si j’avais été une putain québécoise ou londonienne, une Nelly/Isabelle, ou encore une Belle de jour/Brooke, par exemple, je serais probablement passée par une de ces fameuses agences d’escorting outre-Atlantique. Mais ici, sur le Vieux Continent européen, je suis restée fidèle à la tradition française de l’amant-proxénète : une solution parmi tant d’autres, me direz-vous, et qui reste toujours plus glamour et moins sordide que les réseaux de prostitution en mode mafias des pays de l’Est, n’est-ce pas ?...

Bien sûr, pour faire mon intéressante, je pourrais tout aussi bien dire, moi aussi, comme toute cette nouvelle génération de meufs qui pullule sur les réseaux et les plateformes de fans, qu’IL est mon manager ou mon agent – quoiqu’il faudrait déjà qu’IL me prenne plutôt 10 que 60 pour cent de mes bénéfices...

Mais comme, pour ce qui est de mon cas, IL se sert aussi en nature sur ma personne, et que nous entretenons une relation disons complexe, subtil cocktail de soumission, d’humiliation et d’autres jeux pervers auxquels il faut bien avouer que je consens – ah ! la fameuse zone grise du consentement, si vous saviez comme elle est trouble et obscure, en ce qui me concerne –, je trouve que la filiation avec l’époque du grand Paname de la prostitution correspond assez bien à notre duo de choc. Paname, c’est d’ailleurs lui qui m’a contaminée avec cette expression d’un autre temps.

Paname... Paname... Paname... on croirait du Piaf. Et tiens, c’est un peu à ça que je corresponds, un métissage détonnant entre une Edith Piaf et une Joséphine Baker. Piaf pour la comédie de l’amour très frenchie que je propose aux hommes ; et Joséphine pour la manière que j’aie d’utiliser mon corps de poupée nègre affriolante et d’un irrésistible exotisme so naïf – faut pas oublier qu’avant de devenir résistante et d’entrer au Panthéon, c’est grâce à cette chorégraphie de la Revue nègre qu’elle a conquis le cœur des Français... RIP, sister !

Après tout, que les temps aient changé et qu’IL s’occupe désormais d’entretenir ma fame sur la Toile plutôt que de défendre ma place sur un bout de trottoir, why not ; mais faudra quand même m’expliquer la différence que ça fait, dans le fond. Le plus vieux métier du monde a connu sa mue 2.0, OK ; mais même si je suis payée comme une actrice pour jouer la comédie et faire rêver mon public et mes fans, je suis bien consciente d’être, à leurs yeux, une performeuse d’une tout autre nature.

Mais, ne vous tracassez pas trop pour moi, ça me va très bien comme ça, croyez-moi.

Après tout, tant mieux pour celles qui ont pu faire ça par véritable choix. Et puis, je ne veux pas faire ma jalouse non plus ni rentrer dans un débat idéologique ou de controverses militantes.

Chacune aura son point de vue sur la question. Et la liste est longue, de celles qui veulent nous définir, nous les putes. Bourgeoises bien casées bien maquées à l’une des deux extrémités du spectre des expertes bien-pensantes. Féministes à l’autre.

Et puis, tout le reste au milieu. Juste quelques exemples, pour la route : salope assumée ou repentie ; essayiste improvisée ou ancienne hardeuse sur le retour ; amatrice de sexe hardcore et de gonzo journalisme n’hésitant pas à infiltrer le milieu pour mener son enquête « de l’intérieur » ; ex-star du porno reconvertie à l’abstinence ou à l’homosexualité misandre et politique ; putain très fière de son ancien taf ou versant dans la spiritualité, le tantrisme et autres mystiques pro-sexe (tout un programme).

Avec, dans le lot, faut l’avouer, sans vouloir faire ma bêcheuse encartée à CNews ou Valeurs Actuelles (quoique, après tout, elles aussi auront leur avis bien réac sur la question), quand même pas mal de fortes personnalités, de vraies grandes gueules donneuses de leçons qui, à force de parler très fort, « comme des hommes », à force d’aboyer plus fort que les autres, finissent par vous convaincre, vous donner l’impression qu’elles produisent une pensée profonde et complexe, introduisant un peu de nuance et de contradiction dans ce monde trop clivant et superficiel ; les femmes sont faites pour ça, d’ordinaire, nourrir la contradiction (pardon, conçues pour ça, Simone...). Mais là, j’ai parfois des doutes... Et en même temps, il paraît que c’est bon signe, d’avoir des doutes, en matière de recherche d’une certaine vérité des faits.

Alors, si vous voulez mon point de vue, un avis parmi d’autres, parmi tant d’autres, encore un avis de plus : la réalité, c’est qu’une femme, qu’elle soit pute ou non, hétéro ou non binaire, abstinente ou hotwife, est une femme : un point c’est tout !

Toutes différentes et toutes uniques, malgré la masse d’injonctions contradictoires qui nous enjoignent à être ceci ou bien cela.

Et puis d’ailleurs, ne sommes-nous pas aussi des personnes différentes suivant les périodes de notre vie ? Et n’est-ce pas encore plus vrai pour une femme que pour un homme. Parce que la première personne qu’une jeune fille doit devenir, c’est la femme qu’on lui a demandé d’être, n’est-ce pas ? Serviable (pour ne pas dire boniche) ; belle et baisable (mais pas trop, pour ce dernier point) ; intelligente (mais soumise aux désirs et desiderata de la société et de la culture dans laquelle elle aura grandi).

Bref... je ne vous apprends rien.

Bien sûr, les hommes aussi ont leurs lots de cases à cocher, mais : vous voyez ce que je veux dire...

D’ailleurs, le rare métier où les femmes sont payées plus que les hommes, c’est justement la prostitution ; et une indépendante – attention, une VRAIE, sans manager ni agent ou agence... – a l’avantage de garder cent pour cent de ses gains : bad bitch !

Dans ce domaine-là, nous sommes imbattables ! Mais difficile de s’en vanter dans les réunions mondaines ou les dîners de famille...

Du coup, un petit tips, juste pour toi, ma puce : crois-moi, il  n’y a pas de modèle à suivre ; que tu veuilles devenir une fille à papa ou te taper tous les mecs de la planète parce que ça te fait kiffer, que tu préfères brouter du minou plutôt que du chibre, deviens la femme que tu as envie de devenir, sans te soucier du qu’en dira-t-on !

Mais bref... Peu importe. Reprenons là où nous en étions.

Lire le livre

Publié dans #Chapitre 2

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article